Le défi consiste à toujours prendre des photos dans les mêmes conditions afin de pouvoir établir des comparaisons pertinentes entre des photos prises à des dates différentes.
Une documentation de la plaie accompagnée d’images fait aujourd’hui pratiquement partie de l’approche standard grâce aux appareils photos numériques modernes et s’avère précieuse pour démontrer de manière claire les prestations thérapeutiques et de soins réalisées. Elle permet par ailleurs de prévenir les erreurs d’interprétation survenant souvent en cas de descriptions uniquement verbales et écrites de plaies. Mais ce n’est néanmoins possible que lorsque les images sont pertinentes et validables.
 

Notions de base de la photographie – ces paramètres influencent l’apparence d’une photo

La distance focale indique l’éloignement entre le plan de prise de la puce et le plan principal de l’objectif. Plus la distance focale est importante, plus l’angle de vue et donc le cadrage est réduit.

La valeur de diaphragme décrit l’ouverture de l’obturateur et donc la quantité de lumière incidente. Une valeur de diaphragme réduite comme f2.8 correspond à un diaphragme largement ouvert et très illuminé, tandis qu’une valeur de diaphragme élevée comme f22 désigne une petite ouverture et une faible quantité de lumière incidente.

Le temps de pose désigne la durée d’ouverture de l’obturateur et définit donc la quantité de lumière. Il a aussi une conséquence sur la netteté lors de mouvements car la prise de photos nettes exige une main sûre à partir d’exposition de plus d’un dixième de seconde.

L’ensemble des trois paramètres influencent la profondeur de champ qui correspond à la zone de prise de vue nette, d’une profondeur de champ élevée pour les panoramas à une profondeur de champ faible pour les portraits ou les macrophotographies. Une profondeur de champ réduite est permise par l’ouverture du diaphragme, une distance focale importante et une faible distance par rapport à l’objet. Pour augmenter la profondeur de champ, il suffit de fermer l’obturateur (valeur de diaphragme supérieure) et de compenser le manque de lumière par une exposition prolongée.

La sensibilité, représentant le quatrième facteur, influence surtout le temps de pose. Elle servait auparavant à définir le degré de sensibilité de réaction du film à la lumière et définit aujourd’hui la sensibilité de la puce. Les valeurs supérieures nécessitent un temps de pose ou une ouverture de diaphragme moindre, mais on risque alors d’obtenir des images affichant un important grain. 

Tous les appareils photos numériques aujourd’hui disponibles sur le marché suffisent en principe pour la documentation des plaies. Même pour une impression de haute qualité au format «carte postale», une résolution de 1800 x 1300 pixels, d’environ seulement 2,3 mégapixels, suffit déjà. Bien plus importantes que le nombre de pixels: la qualité de l’objectif et une bonne sauvegarde des données car une compression excessive au format JPEG entraîne une réduction drastique de la qualité d’image, comme le démontre l’illustration. 

Toutes les photos doivent pouvoir être clairement attribuées au patient sans violer ses droits individuels et en protégeant ses données en toute sécurité. Il est ici recommandé d’utiliser des cartes graduées sur lesquelles on peut inscrire un identifiant unique (comme des initiales) et/ou le code du patient et qui servent par ailleurs à pouvoir évaluer avec certitude la réduction de la plaie tout au long de la cicatrisation. La date de prise doit aussi figurer sur l’image. 

La plaie est nettoyée avant de prendre une photo. Il convient néanmoins de veiller à ne pas la laisser refroidir. Seule exception: lorsque certaines anomalies doivent au préalable être documentées. Un fond «non neutre», tel que celui figurant dans l’illustration, complique l’évaluation de la plaie.

Le fond choisi doit donc être le plus «neutre» possible, sans structure et non blanc, les champs opératoires ou les serviettes unies convenant donc de manière idéale à titre d’arrière-plan.

Pour permettre une documentation correcte de l’évolution du traitement et de la cicatrisation ainsi que des comparaisons pertinentes entre des photos prises à des dates différentes, il est décisif de veiller à toujours prendre tous les clichés dans les mêmes conditions. Il est recommandé la première fois d’imprimer une «photo de référence» qui servira de modèle aux photos suivantes et devra être jointe au dossier du patient.
Ces conditions identiques nécessitent pour commencer de toujours prendre le même cadrage et de toujours positionner le patient de manière identique pour les clichés. Nous recommandons aussi de veiller à respecter le même éclairage, le même écart et le même angle. 
Le cadrage doit par ailleurs être pertinent et aussi permettre une évaluation de l’environnement de la plaie. Pour une prise de vue idéale, la plaie doit occuper au début du traitement environ un tiers de l’image.

Les prises de vue de près impliquent toujours un risque d’importante distorsion, comme chacun en a déjà fait l’expérience lors de selfies avec le téléphone. Deux points sont donc essentiels: 

  • L’appareil photo et son niveau de prise de vue doivent être le plus parallèles possible à l’objet à photographier, afin que le cliché reproduise précisément les rapports de grandeur. 
  • La distance entre l’appareil photo et la plaie ne doit pas non plus être trop petite, on recommande ici au moins 20 à 30 cm. En cas d’impossibilité de respecter la règle du tiers indiquée plus haut, il est alors le cas échéant possible de procéder à un léger grossissement.

L’éclairage correct est aussi important pour permettre la comparaison des images: il est donc recommandé de prendre les photos à la lumière du jour ou avec une bonne lumière artificielle. En l’absence de ces deux sources d’éclairage (comme c’est souvent le cas dans un une chambre d’hôpital), il est aussi possible de s’aider d’un appareil à flash, fonction que les appareils photos numériques remplissent très bien avec leur flash intégré. Il est souvent pratique d’avoir recours à un éclairage latéral d’appoint.

L’usage d’un flash induit toujours un risque d’éclairage excessif, d’apparition d’ombres et de réflexions. Il ne doit donc être utilisé que dans les cas où il s’avère impossible d’obtenir un éclairage suffisant. Le flash ne doit par ailleurs pas être déclenché trop près de la plaie.
Il est nécessaire de veiller impérativement à l’absence d’ombres car leur présence pourrait à tort être interprétée comme une nécrose ou une poche. 
 

Il peut s’avérer utile d’avoir recours à des cartes de couleurs spécifiques qui permettent de corriger les images en «conditions normales» et donc de pouvoir les comparer en présence d’éclairages changeants.

Enfin, et surtout, une évaluation sûre d’une plaie sur la base de photos n’est possible que si les clichés sont suffisamment nets. Il ne suffit alors pas de prendre une photo nette du centre de la plaie, mais aussi de son environnement direct. L’utilisation du mode automatique ou même macro de l’appareil photo s’avère donc souvent utile. 
 

Tous les paramètres sont de manière générale correctement réglés dans le mode automatique de l’appareil photo. S’il s’avère en revanche lors du contrôle de l’image à l’écran de l’appareil photo que le cliché n’est pas correct, il est alors recommandé de passer en mode manuel: avec un diaphragme de f8 ou f9, un temps de pose de moins de 1/100 s et une valeur ISO automatique.

Tous les clichés doivent dans certaines circonstances conserver leur valeur probante après plusieurs années. Il est donc important d’archiver les fichiers de manière soigneuse et infalsifiable. Pour ce faire, la personne prenant les photos doit les sauvegarder régulièrement (par ex. sur un CD-ROM ou un DVD) et les imprimer à l’aide d’imprimantes photos avant de joindre les clichés au dossier du patient. Les imprimés destinés à n’être jamais diffusés sont signés par un collaborateur afin de prévenir toute éventuelle falsification ultérieure.

Nous recommandons de sauvegarder les images en appliquant un principe de désignation pertinent, comme «Nom_Prénom_Date.jpg» au lieu de «DSC35469.jpg». L’adoption du format international de date «année-mois-jour», soit 2020-01-15, facilite par ailleurs la classification des fichiers.